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Café'in... Les archives de nos débats...Débat n°1, 21 Janvier 2002, 20h 45 : Internet favorise-t-il la démocratie ?Nos invités Robert Redeker, professeur de Philosophie au Lycée Riquet, rédacteur de la revue « Les Temps Modernes ». Patrick Lanneau, webmestre du site académique des professeurs d'histoire géographie, professeur de Lettres-Histoire au Lycée Professionnel Bourdelle de Montauban, formateur TICE à lIUFM de Toulouse. |
Lassociation
Chaque groupe à lintérieur de lassociation est
autonome. Il bénéficie dun soutien logistique de la part
de lassociation. On voudrait couvrir le plus grand nombre de sujets
prioritaires.
Ladhésion nous permet dassurer les frais courants, les
frais daffichage. entre autres Cest une façon de participer
à lassociation.
Le thème du débat
« Internet favorise-t-il la démocratie ? »
On parle de « netoyen » à la place de « citoyen ».
On trouve dans les médias et sur Internet, un vocabulaire qui montre
une démocratie en continu. Le « clic and vote »
veut favoriser une vie démocratique depuis chez soi, un vote au
foyer.
Tout le monde est-il un usager dInternet ?
La connexion est moins chère quun abonnement téléphonique.
Avec 100F pour 50 heures, on peut dialoguer avec ses voisins ou aux antipodes.
Internet se démocratise-t-il suffisamment ? Tout le monde
lutilise-t-il ? Ses points forts sont : laccès
à linformation, aux journaux en ligne, à la Bibliothèque
nationale. On peut accéder à tous les documents de lUniversité.
Avec les forums électroniques, on peut dialoguer sur un sujet.
Des groupes de discussion se créent et échangent sur des
thèmes.
Au niveau politique, des municipalités sont branchées sur
Internet. Cest la démocratie locale qui utilise Internet
au niveau des communes. Des sites municipaux sont apparus dans beaucoup
de communes. : 90% des communes de plus de 50 000 ha. On y trouve
des informations administratives, pratiques. On communique par e-mail
avec les conseillers municipaux. Des conseils municipaux deviennent interactifs.
On peut discuter en temps réel. Le vote électronique a été
utilisé en Arizona pour les élections primaires. Des associations
issues de la vie civile se sont créées pour discuter sur
Internet. Au Minessota, aux USA, elles ont interrogé des hommes
politiques sur des questions qui intéressaient les usagers, surtout
quand la participation électorale était très faible.
P. Lanneau : "Vinton Cerf est linventeur
dInternet. Aujourdhui, il sen sert aussi pour appeler
sa femme pour venir manger, car elle est sourde. »
Robert Redeker : « Se réunir sur Internet,
sur les forums, ça tourne sur le ludique. Lassociatif devient
un jeu vidéo. On samuse beaucoup. Il y a un autre genre
dengagement associatif. Ici les gens ont des pseudos, des rôles,
ils font de la manipulation à distance. On ne se rend pas compte
quon manipule par versement du sérieux, du langage associatif,
dans le ludique. Cest un danger davoir en parallèle
une démocratie virtuelle ludique. »
P. Lanneau : « Jai mon vécu avec
mes élèves au lycée. Ils viennent sur Internet,
laccès Internet est ouvert en dehors des heures scolaires,
et ils viennent. Ils ont tous des e-mails, ils communiquent avec dautres
.
Cest une banlieue normale à Montauban, elle a subi des
accès de violence, des voitures ont brûlé il a quelques
temps. Un élève qui écrit par e-mail, cest
un élève de banlieue qui pratique lécrit.
Cest lobjectif de léducation nationale. Cest
aussi le dialogue de chacun avec chacun. Jai actuellement un projet
de visio-conférence avec Houston. Déjà, les élèves
se sont écrit par e-mails interposés. »
Robert Redeker : « Cest le contraire de
la démocratie. On leur laisse dire ce quils veulent. Avec
les e-mails, ils échangent, on enseigne la communication. Lécole
ne doit pas être la communication. Le dialogue conçu comme
ça est privatif. La démocratie, cest le public.
La démocratie, cest lappropriation par chacun de
lespace public. Il faut la séparation entre le public et
le privé dans lécole. Je peux parler comme mon prof
car il est répressif. Etre adulte, cest couper, cest
séparer. La démocratie, cest lautre du dialogue,
cest le pouvoir. Là, ils échangent avec des élèves
avec Houston, je les laisse communiquer, cest la vie. On
se fait des illusions sur la liberté de lindividu, sur
lidéologie de lindividu. Il faut une ascèse,
un détachement. »
Robert Redeker : « Les décisions se prennent
dans les sous-bois, dans les déjeuners. Lacte politique
décisionnel implique la connaissance de ses mécanismes.
«
Robert Redeker : « On ne peut pas mettre la
machine dun côté et lindividu de lautre.
Leroy-Gourhan a réfléchi sur les techniques. Depuis la
Préhistoire, on sait que ce sont les techniques qui fabriquent
lhomme. Lindividu est transformé par les techniques.
«
Robert Redeker : « Il ny a pas dhomme
pur. Sans arrêts, je suis transformé par une technique. »
P. Lanneau : : « Internet est un outil de communication comme lont été la parole, lécriture, limprimerie. Avec la parole, il ny avait pas de pérennité. Avec lécrit, au Moyen Âge, il fallait aller chercher le texte, lapprendre par cur ou le copier. La parole était diffusée par les conteurs, avec limprimerie, elle est diffusée encore plus. Avec Internet, cest la diffusion du savoir partout où il est. Il nest plus possible de leffacer. Un texte de Descartes si on le brûlait, il disparaissait. Un texte est publié sur Internet, il peut voler partout. »
P. Lanneau : : « Avec Internet, on
peut dire non à des monopoles. Autour des Open sources. Derrière,
il y des ordinateurs, on ne sait pas ce quil y a dedans. Beaucoup
de gens disent que ce qui est programme doit être public. Une
seule personne voit que la déontologie nest pas respectée,
on dénonce ! »
« Internet casse une logique par rapport à largent.
Le gars qui fait une symphonie, il ne gagne pas un rond, tout le monde
va prendre sa symphonie. Ca dénature la création. »
Robert Redeker : « Vous mettez tout sous le
signe de lutilitarisme. La parole est un outil, lécrit
est un outil, Internet est un outil. La parole nest pas un outil.
La pensée et la parole, cest la même chose. La parole,
cest la fondation. Dieu est dabord Verbe, lUnivers
est fondé. Ici, on trivialise la parole. »
Robert Redeker : «Il y a substitution de la communication
à la place de la démocratie : cf. Habbermas. Un horizon
politique jamais réalisé, à qui donc appartient
le pouvoir ? Pour Aristote il faut être gouverneur et
gouverné. Chaque citoyen est gouverneur et gouverné. Il
ne faut pas substituer le leurre communicationnel à la démocratie. »
P. Lanneau : : « Internet est un lieu
où lon est consommateur, mais lon est aussi acteur
dInternet. À Montauban, on peut aller à la Bibliothèque
municipale, pour aller sur Internet. La démocratie ne commence-t-elle
pas par le fait de sexprimer ? »
Robert Redeker : « Le totalitarisme, cest
obliger les gens à sexprimer alors quil faut respecter
le silence. »
Robert Redeker : « Internet va nous survivre. Une nouvelle utopie se crée, un christianisme écervelé, décérébré. »
La secrétaire, N.L.
Par Michel Sarrailh
Après la fracture sociale, la fracture numérique ?
Le nombre de foyers possédant un ordinateur et/ou connectés
à Internet croit d'année en année. Le taux de foyers
connectés atteint 23%. Mais de nombreuses disparités existent,
géographiquement ou socialement. Les pays d'Europe du Nord ont des
taux bien supérieurs (55% aux Pays-Bas), alors qu'ils sont plus faibles
pour les pays jouxtant la Méditerranée. Régionalement
également les villes sont plus favorisées pour les liaisons
à haut débit (ADSL) que les campagnes. Socialement également
les foyers à haut revenus et ayant fait des études supérieures
sont les plus favorisés.
Le coût des connections à Internet est relativement faible
(50h/mois pour 15¤, bien inférieur au coût des communications
téléphoniques normales ). De même tout un chacun peut
créer son propre site pour 0 Franc, en étant hébergé
gratuitement par des fournisseurs d'accès. Mais l'achat de l'ordinateur
(environ 1000 ¤) est un handicap pour les familles à faibles
ressources. A préciser que l'accès à Internet ne nécessite
pas des ordinateurs de dernière génération, plus conçus
pour des usages professionnels ou pour les accros de jeux 3D, et il est
possible de s'équiper pour 500¤.
Les cybers-cafés peuvent être une alternative, dans un cadre
commercial, pour ceux qui ne possèdent pas d'ordinateur. A St-Orens,
Cyber-King proposent des connections pour 3¤90/heure ou des forfaits
(20h pour 45¤80).
Internet, les craintes...
Comme toute nouvelle technologie, Internet soulève des inquiétudes
:
Internet, échange d'égal à égal
Internet est un média où deux personnes communiquent au
même niveau Contrairement à la radio ou la télévision
où quelqu'un parle tandis que les autres écoutent. Internet
signifie émission et réception, permettant l'interactivité.
Deux ou plusieurs personnes peuvent communiquer ensemble, et même
simultanément (chats, forums, newsgroups...). Une forme de communication
qui va à l'encontre des appareils hiérarchisés, centralisés
et pyramidaux et souvent déconnectée des agendas médiatiques.
Il n'y a pas de problématique imposée à un moment donné.
Des modérateurs peuvent intervenir sur ces forums. Une question se
pose quant à la spécialisation de certains forums : les proIVG
et les antiIVG pouvant de ce fait ne jamais se rencontrer.
Internet et démocratie locale
92% des villes de plus de 50000h ont un site municipal. Mais le pourcentage
des communes de moins de 2500 habitants en est au stade symbolique. Certaines
municipalités ont vu l'intérêt d'Internet pour favoriser
la vie locale, mais le plus souvent les sites ne diffèrent guère
dans leur contenu des autres support d'information : outils d'information
sur les services municipaux, l'économie de la commune, les activités
touristiques... Les maires, conseillers ou membres de l'administration peuvent
être joints par email, mais généralement cela n'entraîne
pas de réponse plus rapide. Quelques initiatives innovantes : conseils
municipaux interactifs par exemple à Issy-les-Moulineaux, avec intervention
possible par téléphone ou par email, ou sondages sur certains
points de la réunion à venir. Mais cela n'entraîne que
l'intervention de personnes déjà sensibilisées à
la chose publique.
Internet est donc considéré généralement comme
un outil de communication institutionnel comme un autre, avec plus de transparence,
de nouveaux services, mais non comme un lieu permettant de moderniser la
notion d'agora. Il n'y a qu'en Europe du Nord, en Suède, aux Pays-Bas
et en Finlande que les maires donnent aux habitants une influence réelle
sur les projets de planification urbaine ou d'aménagement public.
La France est en retard dans ce domaine.
Ce sont des partis ou des association qui sont allé plus loin dans
les actions de démocratie locale.
Une expérience de "e-democracy" a été mise
en place dès 94 au Minnesota (USA), en permettant aux candidats de
cet état de répondre aux questions du public. Cette expérience
américaine est indépendante des partis ou du gouvernement,
les projets étant mis en avant par des organisations de la société
civile, qui visent une participation large du public en donnant la parole
à la population.
Le vote électronique, s'il reste encore à être bien
sécurisé, est maintenant possible : il a déjà
été testé par le Parti Démocrate aux USA, permettant
une plus grande participation. Il pose problème pour ceux pour qui
la participation politique nécessite ritualisation par le passage
dans l'isoloir et un délai de réflexion suffisant pour la
prise de décision - imaginons un vote pour ou contre la peine de
mort, juste après les images traumatisantes des victimes d'un serial-killer
! Mais ne pourrait-il être aussi un frein à l'absentéisme
grandissante des électeurs?
Comment favoriser l'accès à Internet ?
Les municipalités peuvent bénéficier d'aides de
l'état pour proposer des lieux publics d'accès à Internet.
Le label Espace Culture Multimédia : ECM
Pour sensibiliser et initier un large public à l'utilisation des
NTIC, un programme d'action a été initié par le ministère
de la culture en 1998 pour la création d'ECM, implantés dans
des structures culturelles existantes (bibliothèques, centres culturels...).
Aujourd'hui plus de cent ECM sont opérationnels.
Un parc de cinq micro-ordinateurs doivent être regroupés dans
un espace dédié au multimédia. L'espace doit mettre
en uvre des actions de sensibilisation et de formation à Internet.
En cas d'accès payant le coût horaire ne peut dépasser
3,81¤. Le ministère peut subventionner jusqu'à 50%
du coût de fonctionnement.
Le label Espace Public Numérique
Ouvert au grand public, il offre 2h d'accès gratuites destinées
au non-internaute. Au delà chaque espace est libre de sa politique
tarifaire : gratuité totale ou partielle, forfait ou paiement à
l'usage. Un animateur multimédia qualifié doit être
présent pour initier, accompagner et assurer une première
formation.
Contact : la Mission interministérielle pour l'Accès Public
à Internet.
Le label PointCyb
Au moins cinq micro-ordinateurs connectés à Internet et
un sixième dédié à la production multimédia.
Une ouverture hebdomadaire de 30h minimum, avec obligatoirement deux soirées
et au moins 1/2 journée en fin de semaine. Un encadrement de deux
animateurs compétents. L'aide de l'état peut atteindre 50%
du coût global du projet.
Plus d'infos : cf Le Journal de l'Animation, janvier 2002, numéro 25.